Visite, de Eminönü à Vefa : 15-03-2015

Le complexe de la Nouvelle Mosquée (Yeni Camii) a été construit sur des pilotis en 1597 par Safiye Sultan, mère du Sultan Mehmet 3 à une époque où le harem avait une influence importante au Serail. Le décès de la sultane a interrompu les travaux qui reprendront 60 ans plus tard par Hatice Turban Sultane, mère de Mehmet 4.

Ce complexe comprend :

• le bazar égyptien (le nom de ce marché vient de la route des épices qui passait par l’Egypte ; toutes les épices ne proviennent pas de ce pays mais y passaient) : ce marché avait pour rôle principal d’entretenir les bâtiments du complexe.
• le tombeau de la sultane Hatice Turban ( derrière la mosquée).
• une école primaire, aujourd’hui bâtiment appartenant à İs Bankasi et abritant des expositions (à côté du tombeau).
• la mosquée, construite en dernier comme on le verra dans la qualité moyenne des céramiques
• et enfin le Palais Impérial (Hunkar Kasri) utilisé par le Sultan lors des prières du vendredi et des audiences officielles du peuple et des notables.

Nous avons eu la chance d’avoir comme guide du palais l’architecte responsable de la restauration : Hatice Karakaya. C’est un bijou de l’art ottoman qui a été primé en 2010 par EUROPEA NOSTRA (organisme récompensant les restaurations de bâtiments anciens).
Une porte en bois (construite sans clous mais uniquement avec la technique du chevillage) s’ouvre sur une longue rampe d’allée utilisée à cheval par le Sultan. Un parapet lui permet de descendre de cheval sans difficulté, nous suivons en imagination le Sultan dans le bâtiment qui dévoile tous les arts de l empire :

• Les murs sont couverts de CİNİ (céramiques) d‘İznik d’une excellente qualité, cette époque étant
l’apogée de cet art. La luminosité des couleurs, les variétés de bleu et de vert, la finesse du dessin sont exceptionnelles.
• le dôme et les piliers sont peints sans un espace vide à la façon « KALEMİSİ ».
• les MUKARNAS : panneaux de soutènement du dôme sculptés et dorés.
• les VİTRAUX.
• les portes en MARQUETERİE : nacre, ivoire, ébène, écailles de tortue et loupe de chêne sont utilisés pour créer ces œuvres de grande finesse.
• les murs de la chambre impériale sont en bois travaillé et peint à la façon « EDİRNEKANİ ».

Aucun espace vide et pourtant une impression de légèreté singulière !
Nous continuons vers la mosquée qui par son harmonie architecturale est impressionnante mais les professionnels que nous sommes devenus voient de suite la qualité moindre des céramiques : 50 ans ont suffit pour que cet art s’appauvrisse !
Les commandes des sultans et vizirs aux ateliers d Iznik se faisant plus rares, le métier se perd…
Nous enchaînons vers la mosquée de Rustem Pasa, vizir de Soliman le magnifique. Homme d’ argent, il construit sa mosquée en plein dans le centre des affaires : n’étant que vizir, l’édifice est plus petit mais enrichi par l’art des céramiques, alors à son apogée (notez le rouge corail dont le secret de fabrication a été perdu depuis).
Nous montons ensuite par la Grande Rue de l’époque byzantine et nous traversons Tahtakale pour arriver au complexe de Suleyman, construit par le grand Sinan :

• les medrese, écoles formant les cadi, juges ou préfets de l’Empire, grands fonctionnaires répondant directement de la Sublime Porte,
• Le hamam,
• le tombeau de Suleyman inspiré d’une construction octogonale de Croatie (Sinan aimait s’inspirer d’autres bâtiments),
• à côté, le tombeau de Hurrem Sultane, son épouse (unique cas dans l’empire ottoman) et qui a donné 4 garçons (et 1 fille) à la dynastie ; seul survivra Selim, les autres mourront de maladie ou se feront assassinés sur ordre du Sultan.
• le tombeau de Sinan, un peu a part au bout de la rue : cet architecte d’origine grecque, militaire de formation, construira des ponts et bâtiments pendant les campagnes militaires, servira 3 sultans, construira les plus belles mosquées des grandes villes de l’empire en s’inspirant de nouvelles technologies élaborées tout au long de sa longue vie (98 ans).
• le bâtiment de DARUZZİYAFE, soupe populaire, nourrissait les pauvres de la ville : nous nous y restaurons également.

Apres cette pause nutritive, nous marchons vers VEFA, quartier à l’origine de notables servant le palais, aujourd’hui à l’abandon, envahi par des familles syriennes dans le plus grand dénuement mais les turcs qui y habitent ne sont pas mieux lotis : ce sont ceux qui ramassent avec leurs chariots les cartons, métaux, bouteilles dans tous les quartiers de la ville pour les revendre et gagner quelques sous… Au milieu de ce nullepart, une église âgée de 1000 ans transformée en mosquée MOLLA GURANİ, dans un état délabré mais en activité, l’imam nous la fait visiter : on devine les visages des fresques recouverts d’une couche de plâtre…

Passer par Vefa veut dire aller au café de la famille Vefa boire du BOZA, café typique sans autre succursale, tenu par une famille d’albanais réfugiée à Istanbul au 19ème siècle ; le café est bondé, les amateurs de Boza viennent de toute la ville en voiture pour boire ce mélange de maïs, blé,et  millet : la fermentation alcoolise légèrement ce breuvage d’hiver !

Réchauffés par cette boisson calorifique, nous longeons l’aqueduc de Valens pour arriver à la mosquée de KALENDERHANE, ancienne église hétérodoxe (en scission avec l’orthodoxie byzantine), recouverte de plaques de marbre comme celle de Kariye mais sans aucune fresque ; les travaux du métro de Veznecilar ont dégagé la place et ont mis en évidence cette église-mosquée oubliée.

Epuisés mais heureux, le groupe de la Passerelle s’engouffre dans le métro pour rentrer chacun chez soi et se reposer…

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